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Alors que l’année 2023 est la plus chaude jamais enregistré à l’échelle planétaire, comment se positionnent les acteurs de l’immobilier sur les enjeux ESG ? Face aux enjeux climatiques, le développement durable prend-t-il le pas sur le financier ? Caroline Loeper, Nexity Property Management, Rebecca Couzens, Arcadis et Odile Batsère, Société la Tour Eiffel ont livré leur analyse lors du dernier webinaire Regards Croisés. Morceaux choisis.

 

L’Observatoire de l’immobilier durable a publié le 28 novembre 2023 son annuel baromètre de l’immobilier responsable. Il en ressort que 100% des répondants ont déployé l’an dernier une démarche ESG, 98% ont désormais des équipes responsabilisées à ces sujets, enfin 87% des acteurs ont formé le comex aux enjeux ESG. Preuve que les acteurs de l’immobilier se positionnent face aux enjeux du développement durable. Cette montée en puissance traduirait-elle que l’ESG a déjà pris le pas sur le financier ? « Il va falloir encore pas mal de temps avant que l’extra financier prenne autant d’importance sur le financier au sein des entreprises, estime Odile Batsère, directrice RSE innovation de la Société la Tour Eiffel et présidente de l’OID. Aujourd’hui, c’est assez inégal, certaines entreprises comme la nôtre, se sont engagées depuis longtemps, elles ont déjà mis en place des directions extra financières autonomes alors que d’autres ont plutôt placé les sujets relatifs à l’ESG sous la finance. Or, ce ne sont pas les mêmes métiers ni les mêmes objectifs ».

Côté property manager on constate des évolutions certaines : « Je sens un engagement plus large qu’auparavant, une accélération sur les deux dernières années pas forcément de l’ensemble des donneurs d’ordre mais je dirais que ceux qui était en retard sont en train de rattraper leur retard, les wagons arrière sont en train de rattraper la locomotive même si cette dernière avance un peu par à-coups et notamment au rythme des différentes réglementations » explique Caroline Loeper, directrice du développement et de la relation clients de Nexity Property Management. Preuve en est le succès depuis deux ans des comités verts. « Dans nos métiers, ce sujet-là était inexistant. Mais, depuis 2 ans, nos clients nous demandent de suivre la bonne tenue des comités verts, c’est un outil sur lequel nous sommes extrêmement sollicités et nos clients sont très demandeurs » poursuit-elle. « La RSE a pendant longtemps était un outil de communication » affirme Rebecca Couzens, Directrice du conseil stratégique en développement durable chez Arcadis. « Le changement de paradigme c’est la taxonomie car c’est un reporting financier des indicateurs extra financiers. Avec elle, les deux services financier et extra financier sont obligés de se parler, de travailler ensemble mais aussi de se comprendre » explique-t-elle.

 

Du mieux mais le chemin reste encore long

Bien que le développement durable n'ait pas encore supplanté les considérations financières, il y a eu des avancées notables selon les expertes. « Il y a une vraie prise en compte de ces sujets chez nos donneurs d’ordre. Aujourd’hui, ces derniers nous demandent d’être apporteur de solution et d’alimenter leur reporting » explique Caroline Loeper. « Ce que je constate aujourd’hui c’est que les arbitrages d’investissement financier se font via un crible des impacts extra financiers. Les sociétés peuvent décider de ne pas investir en raison d’un problème de RSE. C’est une vrai révolution », relève Rebecca Couzens.
Pour Odile Batsère, ces avancées sont le fruit des réglementations européennes comme la taxonomie « Ce sont des réglementations qui emmènent beaucoup de contraintes. Inévitablement, ça va faire progresser l’extra financier et ça a déjà commencé. La nouvelle réglementation, la directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) va même aller jusqu’à obliger les estimations des risques et des impacts et la publication de ces coûts ». Des défis subsistent néanmoins : « Tant qu’on n’aura pas obligé les entreprises à provisionner ces coûts qui sont liés aux risques climatiques les entreprises ne seront pas vraiment confrontées à leurs responsabilités » estime Odile Batsère.

 

Et demain alors ?

Quant aux perspectives, les opinions divergent. Pour Rebecca Couzens, les entreprises n’ont pas le choix que de se réinventer. « Le climat ne va pas changer, il a déjà changé, souligne-t-elle. Cette crise est l’occasion pour les entreprises de mener une vraie révolution. » Un bouleversement que constate également Caroline Loeper : « l’"extra" prend une place de plus en plus importante, entraînant un rééquilibrage des prises de décision. Je constate que dans la gestion des actifs immobiliers, la dimension carbone et la décarbonation gagnent en prépondérance, illustrant ainsi une tendance croissante. Dans ces conditions, le rôle du property manager est d’être le bras armé de la RSE. » De son côté, Odile Batsère émet des inquiétudes quant à une possible régression face à la pression politique et sociale. Malgré ces avis contrastés, toutes s'accordent sur l'importance croissante des considérations extra-financières dans les prises de décision immobilières, tout en reconnaissant la nécessité de l'équilibre entre les aspects financiers et ESG. « Il ne faut pas opposer les deux, nous ne pourrons avancer qu’ensemble », conclut Odile Batsère.

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