Performant et bon pour la planète : l’investissement forestier en pleine croissance

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Les investisseurs considèrent la pierre comme un excellent placement - et c’est le cas. Mais la forêt apparaît comme une diversification intéressante dans un portefeuille d’actifs. Et les acteurs de l’immobilier peuvent également en bénéficier.

Alors que le secteur du logement représente 27 % de l’impact carbone de la France (CGDD 2010), les effets positifs du bois en tant que matériau de construction en font un allié de poids face aux enjeux climatiques : réduction de l’impact carbone de la construction, sobriété énergétique par rapport au béton, meilleure efficacité thermique... Mais le bois, en tant qu’arbre planté au sein d'une parcelle de forêt, peut aussi représenter un actif de placement avec un impact positif pour le climat, grâce à sa capacité naturelle de séquestration de carbone. Groupama Immobilier, France Valley, EcoTree… Les gestionnaires de patrimoine généralistes tout comme les opérateurs spécialisés sur l’achat de forêts multiplient les investissements forestiers pour répondre à la demande croissante de leurs clients.

Alors que l'analyse des émissions de gaz à effet de serre (GES) sur le cycle de vie d’un bâtiment constitue un indice incontournable au sein de chaque projet immobilier, l’investissement dans une forêt peut-il représenter une manière de diminuer l’impact carbone d’un constructeur ou d’un promoteur ?

L’investissement forestier pour un portefeuille d’actifs plus soutenable

“Il est primordial de diminuer les émissions de gaz à effet de serre à la source avant de compenser le solde”, rappelle en préambule Arnaud Filhol, directeur général de France Valley, société de portefeuille de gestion immobilière et forestière - et premier investisseur privé de forêt en France. “Avec de l’investissement forestier, vous contribuez à la préservation du stock de séquestration du carbone et allégez l’empreinte carbone de votre patrimoine”. Une solution pertinente pour diversifier son portefeuille d’actifs, surtout dans une démarche ESG (critères environnementaux, sociaux, gouvernance), grâce au label Greenfin, créé par le Ministère de la Transition Écologique pour garantir la qualité environnementale des fonds d’investissement.

Toutefois, Arnaud Filhol rappelle une limite de l’investissement forestier : la difficulté pour valoriser le carbone séquestré par la croissance des arbres : “Même si vous améliorez le bilan carbone de votre épargne, ce n’est pas de la compensation carbone, car les forêts que nous gérons ne créent pas de crédits carbone puisqu’elles captaient déjà du carbone avant que nous les achetions”.

De la compensation à la neutralité carbone

Les crédits carbone, fruits d’un mécanisme de lutte contre le changement climatique issu du protocole de Kyoto, permettent de financer la transition énergétique (plus sobre en carbone) dans les pays en développement en mesurant la différence d’émissions de GES par rapport à un scénario de référence (plus émetteur de carbone). Sur cette base méthodologique, un mécanisme a été décliné pour valoriser la préservation des forêts primaires en générant des crédits carbone : REDD+ (réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation et à la dégradation des forêts).
D'autres opérateurs ont vu le jour ces dernières années comme la startup EcoTree, certifiée B-Corp, spécialisée dans la valorisation écologique et économique de la forêt et de sa biodiversité. Elle propose de sortir de la logique restrictive de la compensation carbone pour permettre avant tout de créer et/ou de restaurer des puits de carbone. “Chez EcoTree, nous ne créons et ne gérons pas des forêts pour soulager la conscience de nos clients, mais pour mobiliser chaque acteur et les amener à développer des écosystèmes forestiers résilients. Nous avons cette profonde conviction qu'il est urgent de renouveler les forêts afin qu'elles puissent notamment répondre aux besoins de la construction bois. Nous voyons la forêt comme un système multifonctionnel qui répond à plusieurs objectifs dont celui de la neutralité carbone mondiale." 

Plus concrètement, comment est géré l’investissement forestier par les opérateurs ? Stéphane Le Goff, responsable Investment & Asset Management Forêts chez Groupama Immobilier, détaille la méthodologie : “Dans une optique de gestion à long terme, nous recherchons à diversifier au maximum les essences feuillues et résineuses, ceci dans le but d’améliorer la résilience des forêts face aux changements climatiques, mais également afin de préserver ou d’améliorer la diversité d’habitats naturels.” Le stockage carbone est réalisé durant la croissance de l’arbre, d’abord via des itinéraires de production sylvicoles - plus de dix millions de tonnes de carbone stockées par les forêts gérées par la Société Forestière Groupama en 2020 - puis par la valorisation des produits issus de la sylviculture grâce à la transformation en bois d’œuvre. “L’émission de près de 80 000 tonnes de CO2 a été évitée par l’usage du bois récolté, en substitution à d’autres matériaux”, précise Stéphane Le Goff. “La forêt est un actif vert par nature, elle apporte donc une contribution à la filière Forêt Bois par la fourniture de bois, un matériau renouvelable et résilient, dans la construction.”

Pour les promoteurs immobiliers, un outil pour aller plus loin dans la démarche bas-carbone

La mise en place de la réglementation environnementale RE2020 poursuit deux objectifs : améliorer les performances thermiques des bâtiments et diminuer leur empreinte carbone. L’industrie de la construction immobilière évolue pour améliorer ses pratiques en intégrant des solutions nouvelles : augmentation de la part du bois, développement de béton bas-carbone, modules préfabriqués en usine… Certains référentiels, en particulier le label Bâtiment Bas-Carbone BBCA - qui a consacré Nexity comme leader de la promotion bas-carbone en 2019 puis en 2020 - contribuent à diminuer l’intensité carbone des bâtiments neufs. Ainsi, le label BBCA vise une division par deux des émissions de GES pour atteindre 750 kilos de CO2 par m² construit.
 
Autre avantage, l’engagement d’une organisation dans l’investissement forestier  va lui permettre de mobiliser ses collaborateurs autour de ce sujet. Au sein d’Atmosylva, sa fondatrice Emilie Parthuisot propose une solution de contribution carbone associée à des investissements forestiers. Elle propose aussi de l’“événementiel forestier”. Comment ? “Les entreprises peuvent contribuer à la plantation des jeunes arbres, bénéficier de réductions d’émissions carbone certifiées par le label Bas Carbone, rencontrer un expert forestier pour mieux appréhender les notions de biodiversité, assister à un concert acoustique pour vivre la forêt autrement…” détaille-t-elle. “La botanique est un des indices du forestier pour connaître la nature du sol et faire ses choix de plantation, c’est donc important de transmettre ces connaissances : la vulgarisation scientifique et forestière est un aspect très important pour sensibiliser et pourquoi pas générer de nouvelles vocations !”
 
Dans le cadre d’une démarche engagée pour réduire au maximum l’impact carbone de son activité, les acteurs du secteur de l’immobilier peuvent alors envisager une diversification de leurs actifs en intégrant une part d’investissement dans les forêts, un actif positif pour le climat rentable à long terme.