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Ces dernières années, la transition énergétique s’est imposée comme un enjeu pour tous. La réglementation en matière de construction oblige également les entreprises à revoir leurs pratiques pour anticiper les pratiques de demain. Romain Flattet, Digital Building Director France chez Schneider Electric, et François Desgardin, Directeur des nouvelles offres et de l'innovation groupe chez Nexity, évoquent les tenants et les aboutissants de cette mutation, ainsi que les défis d’avenir que ces réglementations impliquent de relever dès aujourd’hui : la diminution de la consommation énergétique des parcs tertiaires français d'au moins 40% dès 2030, 50% en 2040 et 60% en 2050.

Concrètement, que font Nexity et Schneider Electric afin d’adopter des pratiques de plus en plus vertueuses ?

Romain Flattet : Chez Schneider Electric, nous avons établi une stratégie de développement durable à double sens, en nous challengeant nous-mêmes avec nos propres solutions au sein de l’entreprise pour montrer l’exemple à l’intérieur de notre écosystème et ensuite le proposer en co-construction à nos clients, en fixant des objectifs de décarbonation systématiques. D’ici à 2030, nous ambitionnons le zéro émissions net pour toutes nos opérations, et visons 100% d’électricité renouvelable, avec un objectif de 90% dès 2025. Cette transition passe par une amélioration continue autour de nos sites, par exemple en convertissant la totalité de la flotte de nos véhicules en véhicules électriques. Nous savons monter le curseur très haut pour être force de proposition et faire évoluer notre environnement au sein de Schneider Electric, et répercuter ces évolutions auprès de nos clients à travers le décret tertiaire, mais surtout via nos objectifs de décarbonation globale.

François Desgardin : Via nos activités de promotion, nous travaillons constamment à l’amélioration de nos techniques de production, des procédés constructifs et des matériaux utilisés, etc. Nous misons aussi beaucoup sur notre capacité à innover dans le démontage des actifs, c’est-à-dire le curage, le traitement, pour réemployer un maximum de matériaux. Grâce à ces efforts, Nexity a été numéro un sur le label BBCA trois années de suite, ce qui est une preuve concrète de l’efficacité des procédés déployés sur nos opérations. Même si nous en sommes très satisfaits, cela reste toujours insuffisant. Au regard des conclusions du dernier rapport du GIEC, il reste beaucoup à faire. Lors de notre dernière Assemblée générale, nous avons donc fait valider un rehaussement de nos objectifs de 10% à horizon 2030, par rapport à ceux rendus obligatoires par la réglementation RE2020. Nous visons désormais une trajectoire carbone certifiée alignée à 1,5°C (précédemment 2°C) Ce sont des objectifs ambitieux qui touchent bien entendu à tous nos métiers, mais qui soulèvent aussi des questions pour les pratiques de nos propres collaborateurs : doit-on maintenir les véhicules de fonction ? Faut-il rouler électrique ? Comment imprimer toujours moins de papier ? Tous ces petits exemples peuvent sembler anodins, mais chaque geste compte à tous les étages de l’entreprise.

Quelles opportunités le décret tertiaire représente-t-il pour vos deux groupes ?

Romain Flattet : Nous avons une volonté commune d’industriels d’aller dans le sens des opportunités que nous offre le décret tertiaire, pour faire bouger la filière sur les grands principes de décarbonation. Aujourd’hui, le décret tertiaire permet de travailler presque 900 millions de m2, soit environ 300.000 bâtiments. Et nous entendons avancer dans cette direction main dans la main, avec l’expérience de Schneider Electric et la technologie que l’on peut venir intégrer, couplée au savoir-faire d’un acteur majeur de l’immobilier et du logement comme Nexity.

François Desgardin : Aujourd’hui, Schneider Electric produit un certain nombre d’équipements intelligents que nous pouvons mettre dans nos bâtiments, qui donnent des indicateurs de consommation en temps réel, et non plus en différé. C’est un aspect crucial, car même en construisant le « meilleur bâtiment du monde », si les utilisateurs allument le chauffage inutilement et laissent les fenêtres ouvertes en hiver, celui-ci sera une passoire thermique. Beaucoup d’industriels apportent des solutions qui nous permettent de monitorer la présence réelle des effectifs et de ne mobiliser que des dépenses d’énergie utiles. Nos deux groupes collaborent afin d’avancer sur des pratiques très concrètes : sur les parkings, où l’on peut mettre des dispositifs de recharge électrique pour les véhicules, et utiliser de l’énergie provenant de panneaux solaires en toiture. Schneider Electric dispose d’un centre de R&D, Intensity, qui travaille sur toutes ces questions à Grenoble. Et car nous sommes leurs clients, le groupe nous aide à mieux appréhender tous ces sujets, y compris en réfléchissant aux effets financiers pour le propriétaire qui nous a confié ses actifs. Les industriels ont besoin de comprendre le marché, pour voir sur quel type de produit investir afin d’en faire un produit de « mass market » et non un produit de R&D de « niche ». C’est typiquement sur ce type de sujet que nous pouvons progresser ensemble. Plus qu’une contrainte pour les entreprises, le décret tertiaire est l’occasion d’introduire l’intelligence et l’innovation dans les immeubles existants et neufs afin d’optimiser leurs consommations énergétiques et respecter les objectifs fixés par le décret « Eco-énergie tertiaire ».

Que Nexity et Schneider Electric peuvent-ils apprendre l’un de l’autre sur ces thématiques, et y a-t-il des sujets sur lesquels vous travaillez directement en partenariat ?

François Desgardin : De manière générale, Nexity injecte en permanence des innovations concrètes dans ses actifs. Sur la partie tertiaire, avec Schneider Electric, nous collaborons au sujet de notre nouveau siège à Saint-Ouen, notamment sur la partie « monitoring ». Mais nous ne voulons pas pour autant pousser à une ultra digitalisation des actifs, car la question de fond n’est pas de faire des immeubles high tech pour se faire plaisir, mais bien des immeubles où la technologie que l’on met dans l’actif apporte quelque chose à l’utilisateur et à une gestion responsable/vertueuse du bâtiment. Nous sommes le plus gros property manager français qui gère environ 20 millions de m2 de bureaux, dans lesquels il y a évidemment beaucoup d’immeubles où Schneider Electric a installé les équipements de fonctionnement. Nous menons donc des actions croisées entre notre property manager et Schneider Electric pour aider nos collaborateurs à bien comprendre ces technologies et la manière dont ils les font évoluer. Dans le cadre du dispositif CUBE dont le siège NEW à Asnières est premier au classement intermédiaire dans sa catégorie d’immeuble neuf, nous avons récemment fait venir plusieurs acteurs sur place. Schneider Electric était présent pour montrer à nos collaborateurs toutes les nouvelles gammes de produits sur lesquels ils travaillent et comment elles vont améliorer le fonctionnement et la performance énergétique des bâtiments ainsi que le confort des occupants afin que nous ayons une bonne connaissance de ce que nous pouvons présenter à nos clients, qui sont propriétaires et qui attendent que l’on joue ce rôle de conseil.

Romain Flattet : Le bâtiment Intensity, notre nouveau centre de R&D à Grenoble, consomme en moyenne 9 fois moins que les autres bâtiments tertiaires en Europe, et ce grâce à un pilotage et une conception pensée avec beaucoup d’ambition dès le cahier des charges. Nous avons fait visiter Intensity à Nexity, et nous réfléchissons ensemble à la manière de faire évoluer ce modèle de bâtiment, où l’on ajuste un pilotage de la consommation énergétique en fonction du taux d’occupation des espaces. Intensity dispose par ailleurs de 4.000 m2 de panneaux solaires à l’intérieur du bâtiment. Nous devons développer ce modèle à moindre coût, afin qu’il ne soit pas irréalisable en termes d’économie de marché. Pour Intensity, le surcoût à la construction de ce type de bâtiment n’est que de 3% de plus que les bâtiments moyens, avec un retour sur investissement inférieur à 5 ans. C’est cela que l’on recherche dans la construction des bâtiments de demain.

Comment les collaborateurs ont-ils été sensibilisés aux changements impliqués par le décret tertiaire ?

Romain Flattet : Pour Schneider Electric, c’est un objectif de masse, cela fait partie de l’ADN du groupe qui a été un précurseur dans l’approche du développement durable en tant qu’industriel. Nous en avons fait le moteur du développement de cette entreprise depuis longtemps. La communication des objectifs d’efficacité énergétique en tant qu’utilisateur de sites est présente partout. La technologie doit répondre à cette urgence climatique, mais il y a toujours de l’humain et du concret. C’est le travail d’une entreprise de sensibiliser ses collaborateurs afin qu’ils adoptent le geste juste. Nous avons aussi mis en place des formations pour expliquer concrètement aux collaborateurs ce que veut dire le décret tertiaire.

François Desgardin : Nous avons formé tous les collaborateurs de Nexity Property Management sur ces sujets car nous voulions qu’ils aient une bonne compréhension de toute la chaîne de valeur, dans leur vie professionnelle mais également personnelle. Cette dimension est particulièrement importante car l’on n’a pas toujours conscience du lien qui existe entre les différents symptômes du dérèglement climatique. Tous les managers puis les collaborateurs, ont ainsi été sensibilisés à ces thématiques.
Nous avons également mis en place une offre clé en main pour accompagner nos clients occupants et propriétaires sur la collecte et la déclaration des données sur la plateforme OPERAT, sur l’optimisation et la rénovation énergétique pour baisser les consommations et respecter les objectifs fixés par le décret « Eco-énergie tertiaire ».

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